Appel à contributions : Les « humanités délivrées » : savoir et culture réinventés hors du livre. Janvier 2014

Les « humanités délivrées » : savoir et culture réinventés hors du livre

Dossier coordonné par Dominique Vinck et Claire Clivaz

Dossier publié dans RAC 2014/4 (Vol. 8, n° 4)

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Les humanités sont souvent assimilées à des traditions érudites ou académiques, liées à l’écriture, au livre et aux institutions qui portent leurs traditions (Universités, bibliothèques, archives, etc.) et à leurs mobilisations dans un mouvement souvent réaffirmé de civilisation. Or, avec le recours croissant aux technologies numériques de l’information et de la communication ainsi que les cultures liées au livre et les pratiques scientifiques et éditoriales qui y sont associées connaissent des bouleversements et se trouvent réinventées hors du livre et hors des institutions qui en assuraient un relatif contrôle politique, social et économique. Les humanités sont en effet mobilisées et reconfigurées par d’innombrables et improbables acteurs dont des entreprises multinationales, des mouvements sociaux ou communautaires, des profanes érudits et des agrégats parfois éphémères d’internautes. A travers ces formes de dissémination de leurs corpus et par l’intervention d’acteurs inattendus, les humanités donnent l’impression d’échapper désormais aux institutions.

Les technologies numériques se présentent aujourd’hui comme des évidences qui font irruption dans les activités quotidiennes (professionnelles comme domestiques) et, de surcroît, modifient nos pratiques culturelles. Pourtant se pose la question de leurs spécificités, de l’originalité des formes culturelles qu’elles proposent. Elles accompagnent des modes de production, d’agrégation et de circulation de formes culturelles dont les caractéristiques et les spécificités restent à examiner. Elles semblent permettre accroître la porosité du livre, fluidiser les textes et les images, rendre possible de nouvelles identités qui déplacent, dépassent et débordent « du livre ». Ces développements et évolutions invitent donc les chercheurs de sciences humaines et sociales à croiser leurs préoccupations de recherche et, en dialogue avec les sciences informatiques, à interroger les transformations à l’œuvre.

L’objectif du présent dossier est d’interroger ce qui arrive à ces cultures alors que la modernité occidentale avait lié l’expression principale à l’écrit et au livre, en examinant les modifications des rapports entre les contenus et leurs formes matérielles et institutionnelles. Le dossier vise donc à comprendre autant ce qui arrive aux humanités avec la numérisation que leurs rapports avec les matérialités et pratiques antérieures pour aborder cette nouvelle situation qui, avec les technologies numériques fait écho à la « révolution de l’imprimé » décrite par Elisabeth Eisenstein. Le dossier se propose de réfléchir aux questions de la déconstruction de la catégorie « livre » comme à celle des cultures « hors du livre », à la manière dont elles ont été prises en compte dans le passé, de leur retour et de leur réinvention. Il s’interroge sur ce qu’il advient aux humanités et sur leur « dé-livraison », y compris leurs relations aux cultures parlées et visuelles et aux réinventions digitales de l’écriture. Il s’agit aussi d’interroger sur les différents publics et de prendre la mesure des modes d’existence de la culture numérique. Le recours à l’expression « dé-livraison » ne présuppose aucun jugement de valeur quant au sens des évolutions en cours.

Le dossier cherche prioritairement à comprendre ce qui s’est passé et ce qui est en train de se faire en terme de reconfiguration d’une culture héritée et façonnée par le livre en tant qu’objet technique, dans la prise en compte d’autres formes culturelles et l’invention de nouvelles formes liées à de nouveaux supports, dit numériques, qu’il reste à qualifier. Nous attendons des articles décrivant et interrogeant les transformations en cours, éventuellement par le biais d’un retour sur des pratiques passées.

Ce dossier propose de rassembler des travaux de recherche empirique et théorique plutôt que des contributions spéculatives sur les tendances induites par le numérique ou normatives (plaidoyers en faveur d’options méthodologiques).
Les articles pourraient porter sur les thèmes ou objets suivants :

  • Les formes culturelles originales ou hybrides en train de se faire
    — Modes de production, d’agrégation et de circulation
    — Débordements « du livre » et nouvelles porosités de la catégorie « livre »
    — Nouvelles identités intermédiaires construites ou émergentes
  • Les humanités hors du/des livres et des institutions qui les portent
    — Prise en compte des cultures hors du livre à travers les siècles.
    — Analyse des pratiques culturelles hors du livre aujourd’hui.
  • Les disciplines académiques confrontées aux nouvelles pratiques de lecture et d’écriture numérique et multimédia.
    — Ce que le traitement numérique des expressions orales et visuelles et la réinvention de l’écriture font aux chercheurs.
    — Défis méthodologiques en sciences humaines et sociales posés par les cultures hors du livre.
  • Les Digital Humanities et les cultures « hors du livre ».

Calendrier :

  • Soumission des articles complets : 31 janvier 2014
  • Retour des évaluations : mai 2014
  • Article révisé : août 2014
  • Publication : décembre 2014

Les articles doivent être déposés sur le site de la Revue d’Anthropologie des Connaissances en utilisant la feuille de style de la revue et en respectant les règles de rédaction et notamment l’anonymat pour permettre une évaluation "en aveugle".

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