Appel à articles : Les communautés en terrain de connaissances

Les communautés en terrain de connaissances : Reconfigurations face aux crises et causes environnementales


Maurines Béatrice
(Enseignante-Chercheure), Centre Max Weber, Lyon : beatrice.maurines@ish-lyon.cnrs.fr
Charvolin Florian (Chercheur), Centre Max Weber, Lyon : florian.charvolin@gmail.com
Da Costa Neves Paulo (Enseignant-Chercheur), GEPEC-UFS, Brésil : pscneves@hotmail.com

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Ce dossier porte sur les manières dont sont mobilisées des connaissances pour expérimenter un mieux vivre ensemble par des « communautés » en prise avec des crises ou des questionnements environnementaux.
Comme le montre la multiplication des initiatives des Nations Unies liant savoirs traditionnels, connaissances vernaculaires et biodiversité ou souveraineté alimentaire (Food and Agriculture Organization, avec les programmes agriculture familiale, le SIPAM,… ; Programme des Nations Unies pour l’Environnement avec l’IPBES, la CDB... etc.), le rapport à l’environnement est devenu un enjeu majeur pour la maîtrise cognitive des milieux de vie des populations. Le contexte international a précisé dans les dernières décennies l’échelon intermédiaire entre l’individu et l’Etat qui correspondait au niveau pertinent de saisie de cette relation entre environnement et connaissance : la famille, le peuple indigène, la communauté, etc.
Par ailleurs, des acteurs collectifs comme des regroupements d’individus, de familles, d’associations, des coopératives, des ONG redécouvrent actuellement les avantages à l’auto-formation et à l’acquisition locale de connaissances pour la conduite d’expérimentations de vie et de travail plus autonomes. Ces acteurs collectifs peuvent prendre diverses formes : ils s’organisent pour eux-mêmes et on est alors souvent en présence de communauté intentionnelle ; ils peuvent être plus institutionnalisés et être au service de populations ou d’une cause. Ces initiatives s’inspirent d’une motivation pour vivre « en accord » ou « autrement » avec leur environnement. Elles visent à restaurer leur relation à un milieu sain, soit par la sobriété énergétique, l’alimentation locale ou biologique, l’habitat écologique, restaurant la communauté comme une forme sociale adéquate pour structurer les interactions et les échanges de savoirs.

Sous le terme de recherche sur la « communauté en lien avec les crises ou les causes environnementales » on entend donc rassembler dans ce numéro des articles interrogeant des unités territorialisées d’acquisition et d’usage de connaissances pour améliorer le rapport de proximité imaginé ou avéré avec leur milieu. Dans un monde moderne bigarré, mobile et éclaté, on peut s’interroger sur la persistance et la mutation de l’idéal communautaire qui traverse les continents : qu’est-ce donc qu’une communauté de vie et/ou de travail aujourd’hui, entre formes néo-traditionnelles, intentionnelles, ou à l’existence de fait sans dénomination concrète ? Quelles sont leurs formes et leurs modalités de mise en œuvre permettant des articulations, des réinterprétations ou des innovations entre savoirs locaux et politiques globales ? En quoi les politiques publiques, dans leurs déclinaisons internationales et nationales, favorisent-elles le développement de ces communautés ou au contraire se maintiennent-elles à l’écart de celles-ci ? Et dans ce cas, en quoi l’impératif de maîtrise cognitive sur leur environnement pour les communautés participe-t-il de la constitution de ces politiques ou comment les réinterprète-t-il ?
Le dossier réunira des recherches sur des initiatives, aux nords comme aux suds, sans privilégier a priori ce que vivent les acteurs dans les cas de crise environnementale aiguë qui s’impose à eux, par rapport à d’autres qui envisagent l’environnement comme une cause choisie. On souhaite organiser un dialogue entre une tendance des organisations internationales à se focaliser sur l’échelle communautaire, et des démarches exploratoires plus ou moins isolées cherchant à reprendre la maîtrise sur leur univers de vie proche afin de saisir quelles sont les formes de savoirs, qui circulent entre ces univers ainsi que leurs modalités de traduction. On peut s’interroger sur l’importance de la connaissance comme moyen d’empowerment politique et anthropologique pour faire face à une crise environnementale, ou repenser la maîtrise du collectif sur son milieu de vie et de travail, selon des pratiques alternatives à l’industrialisation du monde moderne. Est-ce que les nouveaux modes d’agro-écologie au Brésil, l’implantation de circuits courts au Chili ou en France placent dans le renouveau des formes communautaires une réponse adéquate à des crises socio-écologiques aiguës dans lesquelles ils sont impliqués ? Les propositions d’article pourront saisir la communauté au moment de son émergence. Elles pourront aussi l’approcher comme catégorie allant de soi pour les acteurs y participant. Elles pourront également traiter de catégorie construite par le chercheur pour approcher un terrain anthropologique.
En évitant l’impasse du mythe du retour en arrière ou de la convocation de catégories de communauté sur un modèle déterministe ou les figeant dans une fidélité à leur passé ou à leur « authenticité », les articles envisagés traiteront des pistes de recherche suivantes :

  • comment des choix de vie prennent le rapport au territoire comme source de maîtrise cognitive pour organiser le travail et privilégier des modèles de développement socio-économiques ?
  • La communauté est-elle une catégorie novatrice pour penser la production, la transformation, la circulation et l’usage des connaissances dans la vie de tous les jours ?
  • En quoi la production ou l’usage de la connaissance in situ est investie d’un bien environnemental supérieur au rapport marchand (notion de gestion des « communs ») ?
  • N’assiste-t-on pas, de ce point de vue, à une multiplication de formes plus ou moins souples et locales d’organisation sociale, souvent liées au champ de l’économie sociale et solidaire (circuits de gestion des filières allant de la production à la consommation, collectifs d’habitants se montant en coopérative) tant aux nords qu’aux suds ?
  • Enfin de quelle posture épistémologique peut se prévaloir le chercheur sur les communautés dans la mesure où il peut être amené à accompagner les initiatives à leur demande, participer au positionnement de leur projet, et à « faire avec » ?

Calendrier :

  • Publication de l’appel : Décembre 2014
  • Articles finaux en français : Septembre 2015
  • Publication du dossier : Juin 2016
  • Contacts : BÉATRICE MAURINES beatrice.maurines@ish-lyon.cnrs.fr
  • FLORIAN CHARVOLIN florian.charvolin@gmail.com
  • PAULO DA COSTA NEVES (Brésil) : pscneves@hotmail.com
  • Contact auprès de la Revue : Jean Pierre Albert (correspondant éditorial) et suivi opérationnel effectué par Dominique Vinck <Dominique Vinck <Dominique.Vinck@unil.ch> et Alexandre Camus <Alexandre Camus <alexandre.camus@unil.ch> >

Les articles doivent être déposés sur le site de la Revue d’Anthropologie des Connaissances en utilisant la feuille de style de la revue et en respectant les règles de rédaction et notamment l’anonymat pour permettre une évaluation "en aveugle".