Appel à contributions : Migrants qualifiés et diasporas scientifiques à l’ère des technologies numériques (janvier 2018)

Migrants qualifiés et diasporas scientifiques à l’ère des technologies numériques

COORDINATEURS/EDITEURS DU DOSSIER :

  • Gabriela Tejada, Cooperation and Development Center, Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), gabriela.tejada@epfl.ch
  • Daniel Gatica-Perez, IDIAP EPFL, gatica@idiap.ch
  • Dominique Vinck, STSLab, Université de Lausanne, Dominique.Vinck@unil.ch
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scientific diasporas

Le déploiement de technologies numériques change la donne quant aux pratiques des migrants scientifiques et techniques et des diasporas scientifiques et quant à la manière de les étudier.

PROBLEMATIQUE

Les migrations internationales sont devenues plus complexes. Avec la mondialisation, celles des personnels scientifiques et techniques a pris de l’importance. Autrefois pensées en termes de fuites de cerveaux (Meyer & Charum, 1995), la migration de chercheurs, d’ingénieurs, de techniciens et d’étudiants est désormais considérée comme dotée d’un fort potentiel pour les pays d’accueil qui bénéficient de l’apport de ces personnes compétentes et pour les pays d’origine, en particulier les pays en développement (Meyer, 2001 ; Barré et al, 2003 ; Vinck, 2013).

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Diasporas scientifiques

Elle offre de nouvelles dimensions pour la coopération scientifique et l’innovation, renforcée ces dernières décennies par la connectivité des diasporas à travers les réseaux numériques et d’autres formes d’engagement qui favorisent la circulation des connaissances.
Le déploiement de nouvelles technologiques a rendu possible de nouvelles pratiques et dynamiques de mobilité, ainsi que de coopération à distance, de la part des migrants scientifiques et techniques (highly skilled migrants), accompagnés ou pas de leur famille, et leur engagement au sein de diasporas. Ces technologies ont contribué à la transformation des méthodes de production, de circulation et d’utilisation des connaissances. En tant que collectifs producteurs et porteurs de connaissances, individuellement ou en tant que membres de diasporas scientifiques (Meyer, 2001 ; Foray, 2004 ; Tejada, 2012), ces migrants utilisent les technologies pour produire et reproduire des connaissances de façon décentralisée, offrant des opportunités pour l’action collective impliquant leurs collègues dans les pays d’origine et ailleurs dans le monde grâce à des connexions multiples et de longue portée (Meyer, 2001). Ces pratiques transnationales contribuent au partage de l’information et à la création de voies innovantes pour la mise en circulation et l’appropriation locale des connaissances. Ces technologies ont aussi permis aux migrants scientifiques et techniques et à leurs diasporas de participer plus intensément aux espaces scientifiques et universitaires transnationaux et d’influencer, à distance, leurs pays d’origine. Leurs pratiques transnationales, en termes de connaissances et de compétences déployées loin des pays d’origine, sont partiellement mises à leur service et appelées remises sociales (remittances) (Levitt, 1999 ; Levitt et Lamba-Nieves, 2011). Elles ont conduit à un nouveau courant de recherche, en termes d’études théoriques et empiriques, examinant les dynamiques contextuelles et personnelles qui influent sur le niveau et le type d’engagement des diasporas (Barré et al., 2003 ; Tejada, 2012 ; Nowicka et Serbedzija, 2016), constituant une alternative au retour physique des migrants. Elles offrent des opportunités aux pays d’origine qui ont la possibilité de tirer profit des interconnexions des migrants et des nouvelles formes de circulation des connaissances, des compétences et d’autres ressources auxquelles les migrants contribuent.
Les diasporas elles-mêmes ont évolué. Le défi est de comprendre les changements liés à l’équipement numérique de ces migrants. Cela concerne les pratiques de mobilité et de coopération, à distance ou de retour au pays, mais aussi l’utilisation des informations et traces numériques produites et laissées par ces migrants. Il s’agit de se pencher sur la manière dont ces technologies peuvent être utilisées pour tracer les circulations et relations des migrants scientifiques et techniques et étudier l’engagement des diasporas scientifiques qu’ils forment. L’étude de ces dynamiques, à l’aide d’outils et de données numériques, devrait permettre de révéler des trajectoires, des collaborations et des productions dans l’économie du savoir de la part de chercheurs et d’étudiants, notamment en provenance du Sud global (catégorie générale incluant les pays émergents, en développement et en transition).

THEMATIQUES POSSIBLES

Les articles traiteront des pratiques et des effets des migrations de personnels scientifiques et techniques et des diasporas qu’elles forment en relation avec l’usage de technologies et de données numériques. Ils interrogeront également ce que l’usage de ces données et technologies permet d’éclairer du phénomène étudié. Les contributions devraient se concentrer sur l’un des domaines suivants :

  • Les mobilités et migrations de personnels scientifiques et techniques à l’heure des technologies numériques, avec une attention particulière aux trajectoires, aux conditions et aux vécus de la mobilité professionnelle dans les pays d’accueil et ce qu’elles produisent en termes de connaissances :
  • Quels processus façonnent les mobilités internationales des personnels scientifiques et techniques et en quoi les technologies numériques affectent ces mobilités, la migration et du transnationalisme scientifique ? En quoi elles influent sur les relations personnelles, de couple notamment et professionnelles qui contribuent à ces mobilités ?
  • En quoi ces technologies interviennent dans les dynamiques et les difficultés d’engagement des migrants dans les pays d’accueil, où le marché est parfois saturé, et les éventuels processus de déqualification que vivent certains migrants scientifiques et techniques ? Comment sont-elles mobilisées dans les dynamiques d’engagement au sein de diasporas scientifiques et dans la coopération avec les pays d’origine ?
  • Les dynamiques des diasporas, leurs activités et leur mobilisation des technologies numériques : émergence, développement et transformation :
  • Quelles transformations connaissent les diasporas scientifiques ? En quoi se différencient-elles d’autres communautés scientifiques transnationales ?
  • Comment l’équipement numérique des migrants et des diasporas contribue-t-il à leur développement ? Comment définir et qualifier ces diasporas, leurs transformations et leurs trajectoires, ainsi que leurs pratiques transnationales de circulation des savoirs vis-à-vis du pays d’origine et leur insertion dans les structures des pays d’origine et d’accueil ?
  • L’usage des technologies numériques pour l’étude de ces dynamiques :
  • Comment outils et traces numériques éclairent-ils les dynamiques migratoires, le travail des diasporas et leurs transformations ? Comment les sciences sociales peuvent-elles s’en emparer pour étudier les phénomènes qui les intéressent (par exemple des méthodologies conçues pour la fouille de données et le deep learning intégrant différents descripteurs) et revisiter trajectoires et diasporas ? Comment rendre interprétables ces nouveaux outils ?
  • Comment peut-on définir et opérationnaliser le concept de trajectoire scientifique transnationale afin de choisir et/ou concevoir des outils et méthodes permettant d’étudier le phénomène ? Quels facteurs et processus devraient-ils prendre en compte (notamment les situations familiale et institutionnelle des pays d’origine et d’accueil) ? Comment éviter que le recours au numérique contribue à faire une science des vainqueurs (ceux qui rendent publiques leurs données, notamment parce qu’ils sont insérés dans le milieu académique) ? Comment inclure des personnels scientifiques et techniques « sans papiers », voire n’ayant pas terminé leurs études, leurs conjoints et les personnes qualifiées qui ne laissent guère de trace parce qu’elles ne font pas de carrière académique ? Qu’est-ce que cela impliquerait pour l’étude des mobilités et diasporas scientifiques ?
  • Comment outils et données numériques peuvent-ils contribuer à l’étude de la dynamique des diasporas scientifiques et de ce qu’elles produisent et font circuler comme connaissances, compétences et innovations ? Comment prendre en compte, avec ces outils, politiques, institutions et pratiques des pays d’origine et d’accueil ?

Ces questions seront utilement appréhendées à la croisée de plusieurs champs disciplinaires des sciences humaines et sociales et des sciences et technologies de l’information. Les contributions attendues devraient proposer des études de cas détaillées qui permettent de documenter les phénomènes étudiés, de contribuer à leur conceptualisation ainsi que de nourrir la conception de méthodes et outils tirant profit des traces numériques pour étudier ces questions.

PROCESSUS DE PUBLICATION

Les articles, ne dépassant idéalement pas 45 000 signes, peuvent être soumis dans la langue de l’auteur et seront évalués sur cette base (dans ce cas, il est demandé de fournir un résumé étendu (2 pages) en français).

Les articles exposeront la problématique, le type d’approche, la méthodologie et le matériau empirique mobilisés. Les auteurs se reporteront aux instructions relatives à l’anonymisation des manuscrits, la présentation du texte et des références bibliographiques et utiliser la feuille de style accessible sur la page d’instructions. Les articles seront soumis en ligne sur la plateforme de la Revue d’Anthropologie des Connaissances d’ici le mois de janvier 2018.

Ils seront évalués par des évaluateurs externes indépendants alimentant les décisions prises par la revue et les éditeurs invités. Après évaluation et révision, la version finale sera attendue pour juin 2018 (publication en septembre 2018).

REFERENCES
Barré R., Hernandez V., Meyer J.B., Vinck D. (2003). Diasporas scientifiques. Comment les pays en développement peuvent-ils tirer parti de leurs chercheurs et de leurs ingénieurs expatriés ?, Paris, IRD.
Foray, Dominique (2004) Economics of knowledge ; MIT Press ; Cambridge.
Levitt, P. (1999) ‘Social remittances : a local-level, migration-driven form of cultural diffusion’ International Migration Review, 132(32), 26-49.
Levitt, P., Lamba-Nieves, D. (2011) ‘Social remittances revisited’, Journal of Ethnic and Migration Studies, 31(1), 1-22.
Meyer J.B., Charum, J. (1995). La fuite des cerveaux est-elle épuisée ? Paradigme perdu et nouvelles perspectives, Cahier des sciences humaines, 31 (4), 1003-1017.
Meyer J.-B. (2001). Network Approach versus Brain Drain : Lessons from the Diaspora, International Migration, 39 (5), 91-110.
Tejada G. (2012). Mobility, knowledge and cooperation : Scientific diasporas as agents of development. In : Migration and Development, vol. 10, no. 18, pp. 59-92, 2012.
Vinck D. (2013). Formation des chercheurs et mobilité internationale : utilité pour le pays d’origine. In : Glassey O. Leresche J.P., Moeschler O. (éd.), Penser la valeur d’usage des sciences. Paris : Editions des Archives Contemporaines, pp. 77-91.

Calendrier :

  • En cas d’articles rédigés en langue autre que de le frnaçias (anglais ou espagnol) soumettre un résumé étendu (2 pages) en français).
  • Les articles seront soumis en ligne sur la plateforme de la Revue d’Anthropologie des Connaissances d’ici le mois de janvier 2018.
  • Après évaluation et révision, la version finale sera attendue pour juin 2018
  • Publication en septembre 2018).

Les articles doivent être déposés sur le site de la Revue d’Anthropologie des Connaissances en utilisant la feuille de style de la revue et en respectant les règles de rédaction et notamment l’anonymat pour permettre une évaluation "en aveugle".